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Sociologie de la mondialisation
Lire le résumé — Que reste-t-il de la mondialisation ? Réflexions sur la fin d'une période
Bilan de synthèse sur la séquence ouverte dans les années 1980 et sur les signes de son épuisement, destiné à un lectorat élargi. L’article distingue ce qui, dans les phénomènes rangés sous le terme de mondialisation, relève d’un reflux réel et ce qui relève d’un déplacement des circuits.
Lire le résumé — A Virus That Knew Borders. COVID-19 Patients Zero Worldwide and the Strength of Transnationalism
Loin d’être un virus « post-westphalien » ignorant les frontières, la COVID-19 est restée prise dans des schémas inégaux de mobilité internationale. À partir d’une méthodologie inspirée des thing-following studies et d’une base recensant les 287 patients zéro identifiés dans 206 pays, l’article démonte plusieurs mythes : l’Europe plutôt que la Chine se trouve au cœur de la diffusion, quatre pays d’Europe occidentale ayant exporté la moitié des patients zéro vers des régions entières selon des héritages postcoloniaux ; deux tiers étaient des ressortissants rapatriant le virus dans leur propre pays ; et la majorité relevait d’activités transnationales d’affaires, de famille, de religion ou d’études plutôt que du tourisme.
Lire le résumé — What makes globalization really new? Sociological views on our current globalization
Réduire la mondialisation aux mouvements et échanges transnationaux empêche de saisir la spécificité de la mondialisation contemporaine, précédée par des vagues antérieures : dès les années 1850, Marx diagnostiquait une expansion « globale » du capitalisme réunissant beaucoup de ses traits actuels. L’article pose donc la question de la nouveauté et explore six dimensions successives, de l’invention même des termes « global » et « globalisation » à l’essor des transmigrations, des chaînes de valeur, de la logistique et des pays « émergents ».
Lire le résumé — Sociologie de la mondialisation
La notion de mondialisation a connu un succès fulgurant en agrégeant des phénomènes disparates — commerce et investissements internationaux, pays émergents, délocalisations, société civile globale, migrations — mais elle a été presque toujours abordée sous l’angle économique. L’ouvrage la traite comme un processus multicausal et multidimensionnel, et restitue la manière dont la sociologie et les disciplines voisines s’en sont saisies. Il organise une bibliographie devenue massive autour de cinq grandes perspectives et croise des littératures anglophone et francophone dont le dialogue restait incomplet. Traduit en anglais en 2017.
Mondialisation audiovisuelle
Lire le résumé — Aux rendez-vous de la mondialisation. Pourquoi les professionnel·les du commerce international continuent de fréquenter les marchés audiovisuels internationaux
L’article interroge un paradoxe : alors que la communication à distance permettrait de dépersonnaliser les échanges, les événements de rencontre entre professionnels se sont multipliés depuis les années 1980. En observant les interactions sur deux marchés audiovisuels internationaux, il montre que ces événements sont d’abord des lieux de sociabilité et de socialisation, et non de simple collecte d’information ou de compétition symbolique. En favorisant un entre-soi, ils délimitent une communauté professionnelle transnationale ; les enjeux proprement marchands y sont euphémisés au profit de la personnalisation des relations, dans ce que l’article appelle une « civilité marchande ».
Lire le résumé — Une contre-mondialisation audiovisuelle. Ou comment la France exporte la diversité culturelle
L’ouvrage retrace l’invention et la trajectoire d’une politique française de « contre-mondialisation » audiovisuelle, née dans les années 1980 avec des chaînes transnationales comme TV5, et qui a misé sur la diplomatie de la diversité culturelle plutôt que sur le box-office. Il établit notamment que des entreprises françaises dominent la commercialisation internationale des « films d’auteur » tournés sur tous les continents — non sans contribuer à leur standardisation. Comptes rendus dans Critique internationale, la Revue française de science politique, Politix et Réseaux (2020).
Lire le résumé — Une politique au gré des nominations. Expliquer trente ans de revirements de la politique audiovisuelle extérieure en France (1984-2012)
Pourquoi la France a-t-elle, à la différence des autres pays, deux doctrines de l’audiovisuel international ? L’une, francophone et culturelle, incarnée dès 1984 par TV5 et portée par des diplomates et des hauts fonctionnaires ; l’autre, nationale et centrée sur l’information, défendue par des professionnels des médias sur le modèle de CNN ou de la BBC, autour de Canal France International puis de France 24. L’article explique la persistance de ces deux doctrines antagonistes et les brusques retournements qui l’accompagnent par la politisation croissante des nominations dans le champ politico-bureaucratique depuis les années 1980, à travers quatre séquences où les candidats ont remis l’audiovisuel international à l’agenda, multiplié rapports et contre-rapports, instrumentalisé des scandales et aligné leurs positions sur des clivages partisans.
Lire le résumé — Être dans une administration sans en être. Le cas des attachés audiovisuels aux Affaires étrangères
Outre les diplomates de carrière, le ministère des Affaires étrangères envoie à l’étranger des agents qui ne sont pas fonctionnaires : les « attachés audiovisuels », recrutés dans le secteur audiovisuel et censés y retourner. À cheval entre public et privé, ils incarnent un cas limite d’« hybridité organisationnelle » caractéristique des « métiers flous » des administrations post-bureaucratiques. Ils se distinguent de leurs collègues par un statut fragile, une spécialité contestée et une carrière peu codifiée, tout en bénéficiant des fortes rétributions de l’expatriation diplomatique.
Lire le résumé — Une diversité sur mesure. Les conditions d'existence d'un cinéma du « Sud »
Il existe une diplomatie marchande française de la diversité culturelle qui accompagne les films d’auteurs issus de cinématographies dominées tout au long de leur trajectoire, de la coproduction à l’exportation. Loin de rééquilibrer les inégalités mondiales de production, ce soutien les conforte : l’analyse du Fonds Sud, qui a financé 484 films entre 1984 et 2011, met au jour un processus de normalisation où l’exigence d’« authenticité » fait converger les films vers un même registre. Il s’agit au fond de divertir un public du « Nord », celui des festivals et des salles d’art et essai.
Lire le résumé — La grille et la palme. Deux régimes d'exportation des biens audiovisuels
En comparant deux marchés audiovisuels cannois, le MIF et le MIPTV, l’article montre qu’ils sont des lieux d’évaluation et de valorisation des biens plus que de fixation des prix, relevant moins de la définition néoclassique du marché que d’une sociologie économique attentive aux métrologies marchandes. Il distingue deux régimes : un « régime d’exposition » au MIPTV, où il s’agit de transférer un maximum de programmes d’une grille à une autre, et un « régime festif » au MIF, où le festival et sa palme organisent la mise aux enchères.
Lire le résumé — Une diplomatie audiovisuelle à la carte. Ce que les pratiques de recrutement révèlent de la « politique audiovisuelle extérieure » française
L’article prend le recrutement comme analyseur des logiques institutionnelles, sociales et économiques d’une politique publique. En reconstituant qui est recruté comme attaché audiovisuel, selon quels critères et avec quelles trajectoires, il montre que la « politique audiovisuelle extérieure » n’a pas de doctrine stable et se compose « à la carte », au gré des profils disponibles et des attentes des postes.
Lire le résumé — Resituer la mondialisation. Récit d'une enquête sur la prise en charge administrative de l'audiovisuel international en France
L’article entend arracher la notion de mondialisation au domaine de l’évidence, de la nécessité et de l’irréversibilité. Sans la dissocier du commerce international dont elle est consubstantielle, il la resitue en montrant comment elle articule un champ national, des circulations transnationales et des espaces internationaux — et lui restitue ainsi une histoire, celle de ses appropriations divergentes dans le champ bureaucratique français à partir des années 1980 ; des acteurs, les intermédiaires du commerce des biens audiovisuels mobilisés par les Affaires étrangères ; et des lieux, les marchés audiovisuels internationaux, sites privilégiés d’observation de la mondialisation en train de se faire.
Lire le résumé — Naissance et mort d'une direction aux Affaires étrangères. L'administration de l'audiovisuel extérieur au prisme de ses entrepreneurs en bureaucratie
Comment expliquer le démantèlement d’une administration ? À partir de la direction de l’Audiovisuel extérieur, l’article isole trois moments idéaux-typiques d’entrepreneuriat bureaucratique : un entrepreneur « schumpétérien » qui légitime au début des années 1980 un objet illégitime, la télévision, en le requalifiant en innovation technologique ; un « manager » qui impose à la fin des années 1990 une direction autonome aux méthodes inspirées du privé ; et un entrepreneur sur la défensive qui doit liquider la direction dans les années 2000, dans un contexte de réforme néo-managériale et de concurrence entre administrations.
Lire le résumé — Nouvelles vagues. Le marché-festival de Cannes ou la fabrique française d'un universel cinématographique
Cannes est bien plus que son festival : c’est le principal marché mondial de droits cinématographiques et un site crucial de la politique audiovisuelle extérieure française. L’article situe cette importance dans le contexte de la domination américaine, qui va de pair avec l’universalisation d’une conception où le succès d’un film se réduit à son box-office, et analyse la fabrique concrète de l’universel concurrent promu par la France, celui de la diversité culturelle, à la fois symbolique et marchand.
Salons internationaux
Lire le résumé — De l'internationalisation des professions aux professionnels de la mondialisation. La « guerre des salons » des années 1980 dans les archives de Promosalons
Les salons internationaux constituent un observatoire socio-historique original de la mondialisation. Loin d’une ouverture graduelle au commerce international, leurs organisateurs ont vécu un basculement conflictuel dans les années 1980 : structurés jusque-là autour des fédérations professionnelles et soutenus par l’État dans une logique mercantiliste et corporatiste d’internationalisation des professions, les salons ont été concurrencés puis rachetés par des multinationales de l’événementiel, qui les ont redéfinis comme des produits de marché et imposé des organisateurs au profil commercial — les professionnels de la mondialisation. Contre les approches écologiques trop graduelles de la sociologie internationale des professions, l’article éprouve l’intérêt et les limites du cadre théorique de Neil Fligstein inspiré du concept de champ.
Lire le résumé — Déclin, mort et survie des salons internationaux. Un imaginaire exclusif de la mondialisation
L’essor et l’internationalisation des salons ont été documentés ; leur survie ne l’avait pas été. À partir de 35 entretiens avec les organisateurs des principaux salons implantés en France, l’article montre que la fragilité est au cœur de leur activité : la « bulle » d’un salon peut se dégonfler sous l’effet de la concurrence, des délocalisations, de nouvelles régulations ou de la désaffection des grandes entreprises. Les organisateurs décrivent un triple travail de rétention — réajustement aux marchés, redélimitation des frontières professionnelles, personnalisation de l’événement — qui dessine un imaginaire exclusif de la mondialisation.
Lire le résumé — Étudier les professionnels de l'international : l'apport des méthodes ethnographiques
Le chapitre définit les professionnels de l’international comme les acteurs dont l’activité et la compétence portent sur des sujets présentés comme internationaux, et défend l’intérêt d’une perspective à la fois transnationale et trans-sectorielle contre la segmentation de la littérature par aires et par secteurs. Il propose trois pistes : la valorisation différenciée de l’international dans les carrières, l’attention aux acteurs périphériques et aux « misères de position », et l’usage des stéréotypes nationaux comme ressource de socialisation autant que de hiérarchisation.
Lire le résumé — International trade before globalization: the invention of international trade shows in France in the 1960s
Retour sur l’invention, dans la France des années 1960, du salon professionnel international comme dispositif de commerce, antérieur au vocabulaire de la mondialisation. Le chapitre montre comment un instrument public de promotion des exportations est devenu une infrastructure marchande autonome.
Lire le résumé — Pour une ethnographie des professionnels de l'international
Introduction d’un dossier consacré à des professionnels rarement étudiés parce qu’ils ne relèvent ni des élites diplomatiques ni des grandes organisations internationales. L’article plaide pour une approche ethnographique de ces métiers et propose des outils pour saisir ce que l’international fait à leur travail et réciproquement. Le dossier a été sélectionné par le comité de rédaction de la revue, parmi tous les numéros de 2018, pour une traduction intégrale en anglais.
Lire le résumé — La montée des marchés à Cannes. Le circuit des échanges audiovisuels internationaux, sa chronologie et ses trajets professionnels
L’article reconstitue la constitution, depuis les années 1960, d’un circuit international de marchés audiovisuels dont Cannes est devenu le centre, à un moment où les échanges internationaux de programmes paraissaient encore exotiques. Il en restitue la chronologie et suit les trajets professionnels de ceux qui le parcourent, montrant comment un circuit d’événements structure une profession.
Genre et diplomatie
Lire le résumé — La visibilisation des minorités sexuelles dans la diplomatie. Vers de nouvelles formes de diplomatisation de la vie privée
La diplomatie connaît depuis le tournant du siècle une évolution inédite : la visibilisation de diplomates homosexuel·les, dans des États qui les excluaient explicitement quelques décennies plus tôt. L’article montre que ce basculement excède une logique d’inclusion et engage la représentation diplomatique elle-même, en déplaçant la frontière entre public et privé qui structure ce métier. Il analyse, dans un contexte de mondialisation de l’homophobie d’État, les dilemmes entre carrière et vie privée, la gestion de la visibilité pour les couples de même sexe, la restriction de l’éventail des postes accessibles et la renégociation d’une invisibilité pour servir dans les pays qui criminalisent les minorités sexuelles.
Lire le résumé — Where are the women? Again. Three patterns for gender disparities across French diplomatic assignments
La recherche quantitative sur le genre en diplomatie s’est concentrée sur les ambassadrices et sur deux perspectives, le plafond de verre et le signalement diplomatique. L’article élargit la focale à l’ensemble des diplomates de carrière français, à partir de 12 024 affectations réparties sur 286 villes entre 2000 et 2020, dont 17,1 % occupées par des femmes. Il montre que ces deux perspectives n’expliquent pas les disparités observées sous le niveau ambassadorial et met au jour trois logiques négligées : un effet de distance, une spécialisation régionale et une dépendance au sentier des affectations.
Lire le résumé — Gendering Diplomatic Careers. Distance and Time in International Assignment Practices Among 600 French Diplomats
À partir d’un échantillon aléatoire apparié de 300 femmes et 300 hommes diplomates en poste en 2015, l’article mesure la géométrie genrée des carrières transnationales. Les hommes parcourent une fois et demie plus de distance au cours de leur carrière, voyagent 1,3 fois plus loin à chaque affectation et passent quatorze ans à l’étranger contre onze pour les femmes, lesquelles restent en moyenne une année de plus par poste pour éviter les déménagements. L’article propose de traiter les pratiques d’affectation comme des « pratiques diplomatiques genrées », mesurables autrement que par le seul comptage des femmes aux postes de direction.
Lire le résumé — Le paradoxe français d'une « diplomatie féministe » qui manque de femmes
Version synthétique de la démonstration quantitative, destinée à un lectorat étudiant et francophone nord-américain. Le chapitre rend accessibles les résultats sur l’engorgement masculin des sommets diplomatiques et les inscrit dans le débat sur les politiques étrangères féministes.
Lire le résumé — Faiblesse des viviers féminins ou engorgement masculin des sommets ? Le paradoxe français d'une diplomatie féministe qui peine à promouvoir des femmes
Le ministère français des Affaires étrangères revendique une « diplomatie féministe » tout en étant sanctionné financièrement pour ne pas nommer assez de femmes à l’encadrement, ce qu’il impute à la « faiblesse des viviers ». À partir des notices de 1 727 femmes recrutées depuis 1945 et d’une base comparative de 2 927 diplomates, l’article établit qu’entre 150 et 200 femmes disposaient dès 2015 des propriétés requises pour les 300 postes d’encadrement, dont elles n’occupaient qu’un quart. L’obstacle tient à l’engorgement masculin des corps d’accès et au verrou de l’ENA, révélant une discrimination propre aux organisations à carrières longues.
Concepts et méthodes
Lire le résumé — Métamorphoses de Pierre Bourdieu en relations internationales. Pour une convergence des héritages
Bourdieu est devenu l’un des auteurs les plus cités en anglais en relations internationales, alors qu’il n’a presque jamais écrit sur l’international. L’article reconstitue les trois voies d’importation ouvertes au tournant des années 2000 : la sociologie des élites cosmopolites d’Yves Dezalay, la sociologie des champs transnationaux de Didier Bigo, et le tournant pratique de Vincent Pouliot, Frédéric Mérand et Rebecca Adler-Nissen. Divergentes dans leur sélection du système théorique bourdieusien, elles se citent mutuellement et ont connu des réceptions très inégales selon les espaces linguistiques : l’article plaide pour une convergence de ces héritages cloisonnés.
Lire le résumé — Ce que l’international fait à l’économie (et réciproquement). Pour une sociologie des politiques économiques internationales
L’économie est restée un chantier délaissé de la sociologie politique de l’international, qui a privilégié la sécurité, le droit international et la construction européenne. L’introduction de ce dossier propose une sociologie de l’action publique inter- et transnationale sur des objets jusqu’ici laissés à l’économie politique internationale, et entame avec elle un dialogue critique. Elle défend une normalisation de l’objet d’étude qui permette de revivifier la critique du nationalisme méthodologique sans présupposer l’autonomie de la « sphère internationale » ni l’opposition irréductible de l’État et du marché.
Lire le résumé — Guide de l'enquête globale en sciences sociales
Ouvrage collectif de méthode réunissant une vingtaine de chercheur·es, conçu pour répondre à une difficulté pratique devenue courante : comment enquêter empiriquement sur des objets et des terrains dont les frontières ne coïncident avec aucune unité nationale ? La première partie propose dix chapitres de synthèse méthodologique, la seconde un appareil de textes choisis et commentés, organisé en trois sections — théories et constructions d’objet, lieux, enquêtes. J’en ai codirigé la coordination avec Cécile Rabot, Bertrand Réau, Sébastien Roux et Anne-Catherine Wagner, sous la direction de Johanna Siméant, et cosigné deux chapitres. L’ouvrage est devenu une référence méthodologique pour l’enquête transnationale francophone.
Lire le résumé — Analyser les politiques de mondialisation
Les recherches en sciences sociales de l’international sont traversées par des théories surplombantes — impérialisme, hybridité, système-monde, néo-institutionnalisme — qui négligent souvent les acteurs et les groupes précis, leurs propriétés sociales, leurs positions dans des champs nationaux et leur contribution à la construction d’espaces transnationaux. Contre les visions désincarnées qu’autorisent des notions comme advocacy networks, epistemic communities ou soft power, le chapitre défend une sociologie minutieuse des acteurs et des institutions, et propose une entrée par les processus de recrutement — les « attachés audiovisuels » du ministère français des Affaires étrangères en fournissant un cas d’école. Il traite aussi des terrains difficiles d’accès et des effets de dépolitisation produits par la problématisation technique de ces politiques.
Lire le résumé — Foires, salons et marchés internationaux. Circulation des biens symboliques et mondialisation des places marchandes
Le succès international de The Artist consacré à Cannes en 2011, le classement d’un groupe chilien devant les crus bordelais à la London International Wine Fair, la consécration mondiale des littératures latino-américaine et est-européenne à Francfort : ces exemples montrent que les places marchandes internationales — foires, salons, marchés — sont des lieux de consécration des biens symboliques autant que de transaction, au sens de la distinction établie par Polanyi entre marché et place marchande. Issu de trois enquêtes indépendantes sur le vin, l’audiovisuel et le livre latino-américain, le chapitre fait de la trivialité apparente de ces lieux un moyen de sociologiser le commerce international : cycles et circuits de foires hiérarchisées, sociabilité de place et socialisation professionnelle, compétition symbolique, reformulations des identités nationales et régionales, et conditions concrètes d’accès à ce type d’ethnographie.
Cinéma militant
Lire le résumé — Chris Marker, le sceau du secret. Enquêter sur un refus d'entretien
Au cours d’une enquête sur le collectif de cinéma militant SLON/ISKRA, Chris Marker décline la demande d’entretien par un courriel que l’article reproduit et analyse. Plutôt que de traiter ce refus comme une perte, l’article en fait un matériau et l’interprète à partir de la position singulière de Marker dans le champ cinématographique : refus d’être associé à des films esthétiquement discrédités, et charisme révélateur des modes de structuration du milieu. L’analyse s’appuie sur trente entretiens auprès des quatre-vingts cinéastes du catalogue du collectif.
Lire le résumé — Gauchir le cinéma : un cinéma militant pour les dominés du champ social (1967-1980)
Les années 1970 ont vu l’institutionnalisation d’un véritable genre du cinéma militant. Dominé dans le champ du cinéma, il a pourtant accompagné toutes les luttes de la décennie et montré ceux que le cinéma et la télévision invisibilisaient — ouvriers, paysans, employés, femmes, homosexuels, immigrés — en leur donnant des visages et une parole. Contre le cliché d’un cinéma spontané et inabouti, l’article établit qu’il a mis en place une esthétique véritable, fondée sur des motifs récurrents et un style radical, traduisant jusque dans sa forme l’impératif de mobilisation.
Lire le résumé — La mue des « gaspilleurs de pellicule ». Ou comment les cinéastes militants ont réhabilité la notion d'auteur (1968-1981)
Le cinéma militant a rejeté en Mai 68 la notion d’auteur élaborée par la Nouvelle Vague, en l’assimilant à celle d’autorité : novices, ces cinéastes ont repris les techniques du cinéma direct ; jeunes, ils s’y sont initiés au cinéma ; militants, ils ont couvert les mouvements sociaux des années 1970. Ce rejet fut pourtant ambivalent : critiques, auteurs tentés par le militantisme comme Chris Marker ou Godard, puis les cinéastes militants eux-mêmes ont participé d’une réhabilitation de l’auteur, rendue possible par un détour par la mise en scène et la fiction, et qui a permis l’installation du genre documentaire dans les années 1980. Seuls les mieux dotés ont alors réussi cette reconversion, les autres demeurant invisibles.
Lire le résumé — Le succès d'Histoires d'A, « film sur l'avortement » : une mobilisation croisée de ressources cinématographiques et militantes
Enquête sur la trajectoire d’un film militant devenu, en 1973-1974, un objet de mobilisation de masse contre la loi réprimant l’avortement. L’article montre que ce succès tient au croisement de deux répertoires de ressources — celles du champ cinématographique et celles des organisations militantes — et analyse les circuits de projection clandestins qui ont fait du film un instrument de lutte autant qu’une œuvre.
